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Automatisation et robotique collaborative : impacts sur les postes opérateurs et pistes d’accompagnement du changement

Automatisation et robotique collaborative : impacts sur les postes opérateurs et pistes d’accompagnement du changement

Automatisation et robotique collaborative : impacts sur les postes opérateurs et pistes d’accompagnement du changement

Sur le papier, l’automatisation et la robotique collaborative promettent tout : plus de productivité, moins de TMS, une meilleure qualité, plus de « valeur ajoutée » pour les opérateurs. Sur le terrain, l’histoire est souvent moins lisse : postes redessinés à la va-vite, opérateurs mis devant le fait accompli, routines de travail explosées, tensions avec les syndicats… et au final des cobots qui tournent au ralenti, ou qu’on finit par éteindre.

Dans cet article, je vous propose de partir des postes opérateurs, là où les impacts sont les plus visibles, pour regarder concrètement :

Quand un cobot arrive sur un poste : ce qui change vraiment

Imaginons un poste de montage classique : un opérateur réalise des vissages, quelques contrôles visuels, un conditionnement. Arrive un projet de cobot qui doit automatiser le vissage et une partie de la manutention.

Sur le papier, le cahier des charges dit : « réduction de 20 % du temps de cycle, suppression de gestes répétitifs, amélioration de l’ergonomie ». En pratique, pour l’opérateur, voici ce qui change :

Autrement dit, on ne remplace pas seulement des gestes par un robot : on change la nature même du travail.

Dans plusieurs usines que j’ai accompagnées, le même schéma se répétait : techniquement, l’installation fonctionnait ; humainement, le poste devenait moins « vivable » parce qu’on n’avait pas réfléchi à la journée type de l’opérateur après automatisation. Et c’est là que les ennuis commencent.

Impacts sur les compétences : moins de gestes, plus de « métier » ?

Un discours revient souvent dans les présentations de projets : « l’automatisation va libérer les opérateurs des tâches pénibles et répétitives pour leur permettre de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée ». Dit comme ça, qui pourrait être contre ?

La réalité dépend énormément de la façon dont on redéfinit le poste. En gros, trois scénarios se dessinent sur le terrain :

La question clé à se poser avant tout projet est donc : « Vers quel type de poste sommes-nous en train d’aller ? »

Une erreur fréquente consiste à penser compétence uniquement sur le volet technique (formation au HMI, à la sécurité, à quelques procédures de redémarrage) et à oublier :

À retenir : si le poste se réduit à « mettre des pièces d’un côté, retirer des pièces de l’autre », ne vous attendez pas à une adhésion enthousiaste, même avec un beau cobot dernier cri au milieu.

Robotique collaborative : collaborative avec qui, et comment ?

Les fabricants de cobots vendent souvent l’image d’un opérateur qui travaille « main dans la main » avec un bras robotique souple, sécurisé, facile à programmer. Côté marketing, c’est séduisant. Côté terrain, il faut être un peu plus précis.

Un cobot ne devient réellement « collaboratif » que si :

Dans une usine de sous-traitance mécanique, j’ai vu un cobot d’assemblage qui devait, en théorie, travailler « côte à côte » avec l’opératrice. En pratique, les zones d’accès étaient tellement mal positionnées qu’elle passait son temps à contourner le bras, à l’arrêter pour pouvoir manipuler certaines pièces, puis à le relancer. Résultat : rythme haché, fatigue accrue et productivité inférieure à la situation initiale.

Le problème n’était pas le cobot lui-même, mais le manque d’analyse fine de l’activité réelle de l’opératrice avant la conception du poste.

Les principaux risques humains et organisationnels

Quand on automatise sans penser « poste opérateur », on retrouve presque toujours les mêmes effets secondaires :

Côté organisation, deux dérives sont fréquentes :

La bonne nouvelle, c’est que la plupart de ces risques peuvent être anticipés avec un minimum de structure dans la préparation du changement.

Préparer l’automatisation à partir du poste (et non l’inverse)

Dans les projets qui se passent bien, on retrouve presque toujours la même démarche de base :

1. Observer le poste existant avant toute solution

Cette observation est souvent bâclée ou confiée à quelqu’un qui n’a pas l’habitude du terrain. C’est une erreur. Ce sont ces détails qui feront la différence entre un cobot qui s’intègre bien et un cobot qui gêne.

2. Co-concevoir le futur poste avec des opérateurs

Il ne s’agit pas de faire un « comité » de plus, mais d’intégrer réellement 1 ou 2 opérateurs référents dans :

Cela permet deux choses très concrètes :

3. Redéfinir officiellement le contenu du poste

Une fois la solution technique clarifiée, il faut écrire noir sur blanc :

C’est la base pour ajuster les fiches de poste, les formations et les objectifs individuels. Ne pas le faire laisse place aux interprétations… et aux tensions.

Former autrement que par une simple « prise en main »

Sur beaucoup de projets, la formation se résume à une demi-journée dispensée par l’intégrateur : fonctionnement de base, modes auto / manuel, procédures d’arrêt d’urgence, quelques manipulations sur HMI. C’est nécessaire, mais très insuffisant.

Pour que les opérateurs se sentent réellement à l’aise, il faut couvrir au minimum quatre volets :

Quelques bonnes pratiques observées :

Mettre en place un véritable retour d’expérience après démarrage

Le lancement d’un système automatisé ne s’arrête pas au jour de la mise en production stable. Les premières semaines sont critiques : c’est là que se cristallisent les routines de travail, les détournements, les bricolages – et que l’on peut encore corriger le tir à moindre coût.

Un dispositif simple mais efficace consiste à organiser, pendant les 4 à 8 premières semaines :

L’objectif n’est pas de lancer un grand chantier Lean, mais d’ajuster rapidement ce qui a été mal calibré au démarrage :

À retenir : un poste automatisé qui fonctionne à 80 % n’ira jamais spontanément vers 100 % sans ces boucles courtes de retour d’expérience. Il se stabilisera… à 80 %, avec des opérateurs qui s’épuisent à compenser les 20 % restants.

Quelques garde-fous avant de lancer un projet cobot sur un poste

Pour terminer, voici une check-list opérationnelle que j’aurais aimé voir utilisée plus souvent dans les projets que j’ai suivis.

Avant de valider le choix d’un cobot ou d’une automatisation sur un poste :

Avant le démarrage en production :

Après les premières semaines :

Automatiser, ce n’est pas seulement installer un robot ou un cobot. C’est redessiner un métier, un poste, une relation entre l’humain et la machine. Les entreprises qui s’en sortent le mieux ne sont pas forcément celles qui ont les technologies les plus avancées, mais celles qui prennent au sérieux la vie réelle du poste opérateur.

En partant du travail concret, en associant les opérateurs à la conception, en organisant des boucles de retour d’expérience rapides, l’automatisation et la robotique collaborative deviennent ce qu’elles auraient toujours dû être : des leviers de progrès partagés, plutôt que des sources de tensions ou de désillusions.

À la fin, la vraie question à se poser sur chaque projet n’est pas seulement « combien de secondes gagnées par pièce ? », mais aussi : « est-ce que j’aimerais, moi, travailler sur ce poste huit heures par jour ? »

Si la réponse est oui, vous êtes probablement sur la bonne voie.

Michel

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