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Performance energetique et location : impacts pour les sites industriels, entrepôts et bailleurs

Performance energetique et location : impacts pour les sites industriels, entrepôts et bailleurs

Performance energetique et location : impacts pour les sites industriels, entrepôts et bailleurs

Sur la performance énergétique, les sites industriels et les entrepôts en location sont souvent pris en étau : d’un côté, des factures qui s’envolent et une pression réglementaire qui monte ; de l’autre, des baux rigides, des investissements à amortir sur 10 ou 15 ans et un propriétaire qui ne voit pas toujours où est son intérêt.

Résultat : beaucoup d’industriels restent bloqués dans une sorte de « no man’s land » énergétique. Ils savent qu’il faut agir, mais ne savent pas comment partager les efforts et les gains avec le bailleur.

C’est précisément ce blocage que je vous propose d’attaquer ici, avec une approche très terre à terre : que change vraiment la performance énergétique quand on est locataire ou bailleur d’un site industriel ou d’un entrepôt, et comment s’organiser pour ne pas perdre ni temps, ni argent.

Un contexte réglementaire qui ne va plus vous laisser tranquille

Si vous exploitez un site industriel ou un entrepôt de taille significative, vous êtes déjà dans le viseur de plusieurs textes :

Tout cela repose sur un principe simple : les bâtiments mal isolés, mal conçus ou mal pilotés vont perdre en attractivité, en valeur et en compétitivité.

Pour un propriétaire, ça veut dire risque de vacance, décote du patrimoine et coûts de remise aux normes. Pour un locataire, ça veut dire factures élevées, image dégradée, difficultés à répondre aux appels d’offres sensibles au carbone… et parfois, impossibilité pure et simple d’exploiter certains marchés.

Autrement dit : la performance énergétique devient un critère industriel et commercial, pas seulement un « bonus RSE ».

Locataire industriel : vos trois grands leviers (et vos trois grands pièges)

Quand on est locataire d’un site industriel ou d’un entrepôt, on a en gros trois niveaux d’action :

Les deux premiers niveaux sont souvent à la main de l’industriel. Le troisième est largement du ressort du propriétaire… et c’est là que les tensions apparaissent.

Les pièges les plus fréquents que j’ai vus en usine ou en entrepôt :

Ce dernier point est un classique : qui finance, qui encaisse ? Tant que cette question n’est pas clarifiée noir sur blanc dans le bail, on navigue à vue et tout le monde limite ses efforts.

Bailleur : la performance énergétique comme outil de valorisation

Du côté des propriétaires, l’équation est un peu différente. Leur objectif principal : valoriser leur actif et sécuriser un taux d’occupation stable.

Un site industriel ou logistique performant énergétiquement, c’est :

Mais les bailleurs se heurtent eux aussi à plusieurs freins :

Pourtant, un bailleur qui anticipe et structure sa démarche énergétique peut s’y retrouver largement. La clé, encore une fois, c’est de traiter le sujet comme un projet d’investissement partagé, pas comme une faveur faite au locataire.

Location industrielle et partage des gains : sortir du blocage CAPEX / OPEX

Le nœud du problème est bien connu : le bailleur porte une grande partie du CAPEX (isolation, enveloppe, toiture, installations communes), mais le locataire supporte la quasi-totalité des OPEX (factures d’énergie, maintenance d’exploitation, pertes de productivité liées à un bâtiment inconfortable).

Si on laisse faire, chacun optimise « son bout de chaîne » et l’optimum global n’est jamais atteint.

Trois modèles pratiques pour sortir de cette impasse :

Dans tous les cas, il faut ancrer quelques principes de base :

Un plan d’attaque concret pour un site en location

Si vous êtes aujourd’hui locataire d’un site industriel ou d’un entrepôt et que vous sentez que le sujet énergétique est « sous-exploité », voici une méthode simple, en cinq étapes.

1. Commencer par un état des lieux factuel

Objectif : arriver chez le bailleur avec des chiffres simples, montrant la tendance des consommations et leur poids dans vos coûts.

2. Identifier ce qui relève du bâti et ce qui relève de l’exploitation

Dans beaucoup de diagnostics que j’ai réalisés, on retrouve un ordre de grandeur suivant : 30 à 50 % des gains accessibles à court terme relèvent de l’exploitation (donc pilotables par le locataire), et 50 à 70 % des gains à moyen/long terme dépendent de décisions sur le bâti.

3. Chiffrer quelques scénarios simples

Inutile de sortir d’emblée une étude de 100 pages. Trois à cinq scénarios bien calibrés suffisent pour démarrer la discussion avec le bailleur :

Pour chaque scénario : investissement estimé, gain annuel en kWh et en euros, temps de retour simple. Ce n’est jamais parfait, mais c’est suffisant pour objectiver les échanges.

4. Ouvrir la discussion contractuelle

Arrivé là, il faut avoir le courage de mettre le sujet sur la table du bail :

Sans cela, vous retomberez dans le classique « chacun voit midi à sa porte », et aucun projet structurant n’aboutira.

5. Installer un pilotage énergétique minimaliste mais robuste

Une fois un premier plan engagé, il faut suivre. Pas besoin d’une usine à gaz :

C’est souvent à cette étape qu’on découvre des dérives ou des anomalies (fuite d’air comprimé géante, chauffage qui tourne le week-end, etc.) dont la correction est rentable en quelques mois.

Erreurs fréquentes à éviter pour les trois acteurs

Voici, en synthèse, les dérives que je retrouve le plus souvent sur le terrain.

Côté locataire industriel :

Côté bailleur :

Côté exploitant logistique ou industriel (site multi-locataires) :

Ce qu’il faut garder en tête avant de signer ou renouveler un bail

Que vous soyez bailleur ou locataire, quelques points méritent d’être examinés systématiquement avant la signature ou le renouvellement d’un bail sur un site industriel ou un entrepôt :

Un bail bien structuré sur la performance énergétique, ce n’est pas un luxe juridique : c’est un élément de compétitivité opérationnelle pour les années à venir.

À retenir pour vos sites industriels et entrepôts en location

En résumé, sur le trio performance énergétique – location – industrie, quelques idées forces méritent d’être gravées quelque part dans votre bureau d’études ou votre service immobilier :

La bonne nouvelle, c’est que, sur la grande majorité des sites que j’ai pu voir, les gains énergétiques mobilisables à coût raisonnable sont encore très loin d’être épuisés. En revanche, ceux qui n’auront pas engagé cette démarche dans les prochaines années risquent de le payer deux fois : en factures et en perte d’attractivité.

Autant s’y mettre maintenant, tant qu’il est encore possible de choisir le tempo plutôt que de le subir.

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