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Rôle stratégique des jumeaux numériques dans l’optimisation des procédés et la réduction des coûts industriels

Rôle stratégique des jumeaux numériques dans l’optimisation des procédés et la réduction des coûts industriels

Rôle stratégique des jumeaux numériques dans l’optimisation des procédés et la réduction des coûts industriels

Sur le terrain, on me pose souvent la question : « Le jumeau numérique, c’est vraiment utile ou c’est juste un nouveau buzzword pour consultants ? ». La réponse courte : ça dépend de ce qu’on en fait. Utilisé intelligemment, un jumeau numérique peut devenir un levier très concret pour optimiser les procédés et réduire les coûts. Utilisé comme vitrine PowerPoint, il ne sert pas à grand-chose, à part alimenter des slides.

Dans cet article, je vous propose d’aborder les jumeaux numériques non pas comme un concept marketing, mais comme un outil industriel. Avec une seule boussole : qu’est-ce que ça change dans l’atelier, au bureau des méthodes, en maintenance… et sur la ligne de coût ?

Jumeau numérique : de quoi parle-t-on vraiment ?

Avant de se laisser embarquer, posons les bases. Dans l’industrie, un jumeau numérique, ce n’est pas juste une belle vue 3D d’une machine.

Un jumeau numérique, c’est :

La différence avec la simulation classique ? Le lien continu avec le réel. Là où une simulation est souvent figée à un instant T (étude de faisabilité, dimensionnement…), le jumeau numérique vit avec l’usine. Il apprend au fur et à mesure, se calibre, s’affine, et devient un outil d’aide à la décision du quotidien.

Attention toutefois : ce lien avec le réel a un coût (capteurs, intégration, data, maintenance du modèle). L’enjeu, c’est de savoir où il est pertinent d’investir… et où un bon vieux Excel fait encore l’affaire.

Optimiser les procédés : du ressenti au pilotage chiffré

Imaginons une ligne de remplissage agroalimentaire. Depuis des années, les opérateurs « sentent » que certaines recettes passent mieux le vendredi, que la cadence optimale dépend de la température ambiante, et que la combinaison opérateur + équipe de nuit joue sur le taux de rebuts. Mais tout ça reste au stade de la perception.

Un jumeau numérique de la ligne permet de passer de cette logique intuitive à un pilotage structuré :

Résultat : au lieu de passer trois semaines à tester des réglages en vraie production (avec rebuts, retards de livraisons, stress), on teste virtuellement, on réduit le champ des possibles, puis on valide en réel sur une fenêtre réduite.

Sur une ligne où chaque heure d’arrêt coûte 5 000 €, réduire de 8 heures la phase de mise au point d’un nouveau produit, ce n’est pas un « gain théorique » : c’est 40 000 € économisés, à condition de bien structurer la démarche.

Dans l’automobile, l’approche est similaire pour l’optimisation des procédés de soudure ou de peinture : on joue virtuellement sur les paramètres (vitesses, températures, trajectoires robots) pour minimiser les défauts, avant de toucher aux recettes en vraie cabine.

Réduire les coûts : où le jumeau numérique fait vraiment la différence

Parler de « réduction des coûts » est vague. Pour un industriel, il faut descendre dans le détail des postes d’économie potentiels. Un jumeau numérique bien pensé peut agir sur plusieurs leviers.

Moins d’essais physiques, plus de mise au point virtuelle

C’est le premier bénéfice visible, surtout dans les environnements capex lourds :

Cas typique : une entreprise de plasturgie qui lance régulièrement de nouveaux moules d’injection. Sans jumeau, la mise au point se fait par itérations physiques : essais, rebuts, corrections, re-essais. Avec un jumeau numérique du moule et de la presse, une partie de cette mise au point se fait en simulation (remplissage, points de soudure, retrait matière). On arrive alors au premier tir réel avec un moule déjà beaucoup plus proche du point nominal.

Sur un projet où chaque série d’essais immobilise la presse une demi-journée, l’économie de 3 ou 4 itérations représente vite plusieurs dizaines de milliers d’euros et une accélération de mise sur le marché.

Maintenance et fiabilité : passer du curatif au prédictif structuré

Autre terrain où le jumeau numérique peut être un vrai game changer : la maintenance. Là encore, attention aux promesses « IA magique » qui prédit tout. Dans la réalité industrielle, on est souvent sur des choses très concrètes.

Un jumeau numérique d’équipement peut :

Je pense à une usine de production de carton ondulé qui a mis en place un jumeau numérique de sa partie onduleuse. Historiquement, la casse de bande arrivait « par surprise », en général en pleine nuit, avec 2 ou 3 heures de nettoyage derrière. En modélisant finement la relation entre vitesse ligne, humidité carton, températures de préchauffage et tensions mécaniques, l’équipe a pu :

Résultat mesuré sur un an : baisse de 30 % des incidents de casse, et environ 200 heures d’indisponibilité évitées. Le jumeau numérique n’a pas « supprimé » la maintenance, mais l’a rendue plus intelligente.

Énergie, matières, non-qualité : gratter partout où c’est possible

Un bon jumeau numérique ne s’arrête pas à la performance brute, il intègre les ressources :

Sur une installation de traitement thermique, par exemple, on peut simuler différents profils de chauffe et de maintien pour :

Cela semble théorique, mais sur des fours consommant plusieurs centaines de MWh par mois, un gain de 3 à 5 % n’est pas anecdotique. Même chose dans la chimie ou l’agroalimentaire, où l’optimisation des phases de CIP (nettoyage en place) via un jumeau numérique des circuits permet de :

On est là au croisement entre performance industrielle et enjeux environnementaux, un terrain où les jumeaux numériques commencent à être de plus en plus utilisés.

Organisation industrielle : un outil pour décider sans paralyser l’atelier

Un autre usage souvent sous-estimé des jumeaux numériques : l’aide aux décisions d’organisation industrielle.

Exemples classiques :

Avec un jumeau numérique de flux (souvent basé sur de la simulation de flux discrète, mais alimenté avec des données réelles de TRS, temps de changement de série, pannes, etc.), on peut :

Dans une usine de pièces mécaniques où j’ai travaillé, ce type de modèle avait permis de trancher entre deux options : ajouter une nouvelle machine d’usinage ou revoir le séquencement et la politique de lancement. Le jumeau avait montré que l’investissement machine n’apporterait que 10 % de gain à court terme, alors qu’un simple changement de règles de lancement apportait 15 % de débit en plus, pour un coût quasi nul (quelques jours de travail méthodes et une formation des équipes).

Là, le jumeau numérique a évité un investissement de 400 k€… ce qui justifiait largement les quelques dizaines de milliers d’euros mis dans le modèle.

Par où commencer sans se perdre dans la techno ?

Le risque avec les jumeaux numériques, c’est de vouloir tout modéliser et tout connecter d’un coup. C’est la garantie d’un projet long, cher, et souvent décevant. Une approche pragmatique est au contraire très « lean » :

1. Partir d’un problème concret, chiffré

Sans problème clairement identifié, le jumeau numérique devient un gadget.

2. Définir le périmètre minimal utile

Le « bon » jumeau n’est pas forcément le plus complet, mais celui qui répond à la question posée avec un effort raisonnable.

3. Utiliser d’abord les données déjà disponibles

Avant d’investir dans des dizaines de nouveaux capteurs, il est souvent possible de construire un premier modèle avec ce qu’on a déjà.

4. Prototyper rapidement, puis itérer

C’est exactement la logique qu’on applique en amélioration continue : petits pas, validation terrain, puis déploiement.

Erreurs fréquentes : ce que l’on voit trop souvent dans les usines

Pour avoir vu passer plusieurs projets de jumeaux numériques, certains écueils reviennent régulièrement.

Un bon test simple : si on ne peut pas expliquer en 10 minutes à un chef d’équipe à quoi sert le jumeau numérique et comment il l’aide dans ses décisions, c’est probablement qu’on a raté quelque chose.

Check-list pratique avant de lancer un projet de jumeau numérique

Pour rester dans le concret, voici une petite check-list, directement inspirée de projets réussis (et de quelques échecs) :

Si vous répondez « non » à plus de deux ou trois de ces points, il est probablement utile de recadrer le projet avant de passer au développement d’un jumeau numérique complet.

Ce qu’il faut retenir pour une approche vraiment stratégique

Les jumeaux numériques ne sont ni une baguette magique, ni un gadget réservé aux grands groupes. Bien utilisés, ils deviennent un outil stratégique parce qu’ils agissent à la fois :

Mais le mot-clé, c’est « utilisé ». Un jumeau numérique qui dort sur un serveur ne vaut rien. Celui qui est intégré dans les routines quotidiennes (revues de performance, préparation de changements de série, arbitrage d’investissements) devient, lui, un vrai levier compétitif.

En résumé : partez du terrain, d’un problème concret, bâtissez un jumeau numérique à taille humaine, éprouvez-le, améliorez-le. Si à la fin, vos opérateurs et vos responsables d’atelier vous disent : « Garde-moi cet outil, il m’évite de faire des bêtises », c’est que vous êtes sur la bonne voie.

Michel

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