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Toyotisme, définition et apports pour les industries françaises en quête de compétitivité

Toyotisme, définition et apports pour les industries françaises en quête de compétitivité

Toyotisme, définition et apports pour les industries françaises en quête de compétitivité

De quoi parle-t-on vraiment quand on dit « toyotisme » ?

Dans beaucoup d’usines françaises, le mot « toyotisme » a été prononcé avant même que quelqu’un ait ouvert un seul livre sur le sujet. On le confond avec « lean », avec « flux tirés », avec « juste-à-temps », parfois même avec « travailler plus vite avec moins de monde ». Bref, un bon candidat au bingo des buzzwords industriels.

Repartons de la base. Le toyotisme, c’est le système de production développé par Toyota à partir des années 50, souvent appelé Toyota Production System (TPS). Ce n’est pas une boîte à outils, c’est un système complet d’organisation industrielle qui repose sur deux piliers :

Autour de ces deux piliers, on retrouve des outils devenus classiques :

Mais réduire le toyotisme à ces briques techniques, c’est rater l’essentiel : c’est d’abord une façon de penser la production, centrée sur l’élimination systématique des gaspillages (les fameux « muda »), l’implication des opérateurs et l’amélioration continue.

Les idées clés du toyotisme… sans la légende dorée

Sur le terrain, le toyotisme se résume à quelques principes très concrets, qu’on peut traduire dans n’importe quelle usine française, de l’agroalimentaire à la mécanique de précision.

Les plus structurants :

Dit comme ça, tout le monde est d’accord. Là où ça se complique, c’est quand il faut l’appliquer dans une PME avec des machines des années 80, un ERP capricieux et une DRH allergique au changement d’horaires…

Pourquoi le toyotisme intéresse autant les industries françaises aujourd’hui

Les sites industriels français sont sous pression : coûts salariaux élevés, coûts de l’énergie, exigences clients, décarbonation, pénurie de compétences… Tout cela avec des marges de manœuvre limitées sur les prix de vente.

Dans ce contexte, le toyotisme apporte trois leviers majeurs de compétitivité :

La force du toyotisme, c’est qu’il ne mise pas d’abord sur les investissements lourds, mais sur un changement de manière de travailler. C’est là qu’il devient particulièrement intéressant pour les industriels français qui n’ont pas forcément 10 millions d’euros à mettre sur une nouvelle ligne automatisée.

Apport n°1 : des coûts maîtrisés par la chasse aux gaspillages

Dans un atelier de mécanique de précision où j’étais intervenu, une analyse simple a suffi pour secouer les idées :

Les 5 jours ne venaient pas de la complexité technique, mais :

Le toyotisme ne dit pas : « travaillez plus vite ». Il demande : « où passe réellement le temps ? » et « combien de ce temps crée vraiment de la valeur pour le client ? ».

En pratique, les gains typiques observés dans des usines françaises qui appliquent sérieusement ces principes sont :

Pas besoin de robotiser partout pour obtenir ces résultats. Souvent, un simple réaménagement d’implantation, un lissage de la charge et la mise en place de kanbans suffisent à gagner beaucoup.

Apport n°2 : gagner en flexibilité sans s’épuiser

Beaucoup d’industriels français subissent des variations de charge, des séries courtes, des références multiples. Réflexe classique : soit on refuse les petites séries, soit on pousse les équipes à faire des heures pour « passer le pic ».

Le toyotisme propose une autre voie : rendre le système agile par conception.

Quelques leviers concrets :

Dans une PME de plasturgie, le simple passage d’un planning « à la semaine » à un pilotage quotidien tiré par les besoins réels, combiné à un travail sur les changements de moules, a permis :

Flexibilité ne veut pas dire « tout accepter en urgence ». Cela veut dire réduire l’inertie du système, pour pouvoir absorber des variations raisonnables sans crise permanente.

Apport n°3 : une qualité intégrée, pas subie

Les entreprises françaises qui ont tenté un « lean à la mode cost-killer » en gardant une qualité de type contrôle final se sont souvent brûlé les ailes : retours clients, coûts de non-qualité en hausse, tensions internes.

Le toyotisme, lui, insiste sur le Jidoka : on équipe le système pour que les problèmes soient visibles et traités immédiatement.

Concrètement, ça veut dire :

Dans une entreprise de câblage électrique, la mise en place de simples gabarits de contrôle au poste et d’un droit d’arrêt en cas de doute, combinée à une animation quotidienne des problèmes, a diminué :

Ce genre de résultat ne vient pas d’une consigne « faites plus attention », mais d’une conception différente du processus : on rend les anomalies visibles, on les traite rapidement, on capitalise.

Ce que le toyotisme n’est pas (et qu’il vaut mieux clarifier dès le départ)

Pour beaucoup de salariés, toyotisme = lean = réduction d’effectifs. C’est l’un des principaux freins sur le terrain, et souvent la conséquence de projets mal menés.

Quelques idées reçues à désamorcer :

Un bon test : si on parle plus des « outils lean » que des problèmes concrets à résoudre sur le terrain, c’est mal parti.

Comment l’adapter au contexte français sans tomber dans le copier-coller

Transposer le toyotisme tel qu’il est appliqué dans une usine Toyota japonaise à une PME de province serait une erreur. Les contextes culturels, syndicaux, réglementaires et historiques sont très différents.

Cela n’empêche pas de reprendre le cœur des principes, en adaptant la mise en œuvre :

En résumé, le sujet n’est pas « comment faire comme Toyota ? », mais « quels principes du toyotisme répondent à nos problèmes concrets, ici et maintenant ? ».

Un chemin de mise en œuvre réaliste pour une usine française

Plutôt que d’annoncer un grand programme lean qui inquiète tout le monde, mieux vaut avancer par étapes. Un déroulé pragmatique :

1. Partir d’un problème business clair

Exemples :

On ne lance pas un chantier « parce que le lean c’est moderne », mais pour résoudre un problème mesuré.

2. Choisir un périmètre pilote limité

Pas besoin de révolutionner tout le site :

Objectif : prouver par l’exemple que ça apporte quelque chose de concret, et apprendre sans mettre l’usine en risque.

3. Cartographier le flux réel

On fait une value stream map (carte de flux) très simple :

On regarde ensuite où se concentrent les pertes. Dans la pratique, ce sont souvent :

4. Construire une cible simple mais ambitieuse

On ne vise pas directement le « flux pièce à pièce parfait », mais :

Avec des objectifs clairs : par exemple, –25 % de temps de traversée et –30 % d’en-cours sur le flux pilote en 12 mois.

5. Agir d’abord sur les basiques

Avant de sortir les grands mots, on traite le concret :

6. Installer des routines d’animation quotidiennes

Le toyotisme vit dans le quotidien :

Sans cette animation régulière, les « chantiers d’amélioration » retombent comme un soufflé.

7. Capitaliser, puis élargir prudemment

Une fois des résultats obtenus et stabilisés sur le périmètre pilote :

Les erreurs fréquentes observées sur le terrain français

Après plusieurs années à voir des projets de type toyotiste dans des usines françaises, quelques travers reviennent régulièrement.

À retenir pour les industriels français en quête de compétitivité

Le toyotisme n’est ni une religion, ni une mode. C’est un référentiel solide pour repenser la production autour de quelques questions simples :

Pour une usine française, l’intérêt est double :

La bonne question n’est donc pas « faut-il faire du toyotisme ? », mais « sommes-nous prêts à regarder honnêtement nos flux et à remettre en cause nos habitudes de production ? ». Ceux qui acceptent cet exercice ont souvent une bonne surprise, en découvrant tout ce qu’ils peuvent gagner sans forcément dépenser plus.

Michel

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